Vendredi 25 juin 2010,à 19h, plus de 500 coureurs vont prendre le départ du Grand Raid du Golfe du Morbihan :177km à boucler en moins de 42 heures…… et je fais partie de ces coureurs.P1050262

Il va faire très chaud tout le week end meteo_soleil_31et il faudra tenir, bien s’hydrater. J’ai préparé mes pieds pendant quelques mois en mettant de la crème tous les soirs, j’ai passé des heures à m’entraîner alors normalement ça devrait le faire. Je ne mets pas mes boosters sur les conseils d’un coureur très expérimenté, j’ai pris mes runnings et non mes trails car le terrain est sec et peu accidenté.

 

Ça y est, me voici sur la ligne de départ de ce rêve…. Il ne reste plus qu’à en passer aussi la ligne d’arrivée. Sur cette épreuve, il y a aussi Loïc, Pascal et Jérôme.

Top départ, c’est parti pour environ 30 heures.

 

Dès les premiers km, je retrouve Laurence Morel avec qui je reste un moment. On est trop rapide ( un peu plus de 10km/h) mais bon…. C’est dur de se freiner au début.

J’arrive au premier pointage en 1h49’50 pour 18km… N’importe quoi !!! Et je suis première féminine… Ola, c‘est accidentel, ça ne va pas durer !!!!

Je vois Jean-Michel et Alain avec qui je suis venue. Ils font le 56km et leur départ est le samedi à 20 h. Ils m’apprennent que Loïc est premier.

Je continue. A un moment un homme de l’organisation, en vélo, me filme et me pose quelques questions… Au cas où je maintiendrais ma place…. Ben là, c’est pas sûr.

 

Au 2ème pointage, je retrouve Jérôme et Pascal !!! Ce dernier a une douleur qui le ralentit.

On se voit quelquefois dans les km suivants car les gars se trompent de chemin.

Il y a un point de contrôle des sacs où l’organisation nous fait mettre nos frontales. Et là je me rends compte que mes piles sont mortes !!! Aïe !! Je mets les piles de rechange mais j’ai peur que ça ne me suffise pas pour la nuit alors j’appelle les gars pour qu’ils m‘en apportent à Sarzeau.

Je commence à avoir un coup de moins bien et ça ne me rassure pas, nous ne sommes même pas au tiers de la course. Mais ça ne m’étonne pas non plus  - j’avais ressenti la même chose l’année dernière à la tombée de la nuit. Il faut juste que ça passe.

J’ai des appels de mes parents, de Roseline, Armel, David, Guillaume, Bruno, Ludo…. Et ça fait plaisir.

Lorsque j’arrive à Sarzeau, au bout de 5h54’42, tout va bien. Par contre Jean-Mi m’annonce que ni Loïc ni Pascal et Jérôme ne sont passés…. Ils arrivent pendant que je mange. Ils se sont perdus…Loïc pendant plus d’une heure et il est très énervé.

Je ne perds pas de temps et je repars, la 2ème vient juste de rentrer dans la salle. La nuit , je cours moins vite et me prends souvent les pieds dans les racines mais je voudrais faire le maximum de km car je ne sais pas comment mon corps va réagir le lendemain après-midi à l’addition fatigue-chaleur. En trébuchant, je sens que je cogne souvent mon 2ème orteil droit, j’aurai sûrement une ampoule à un moment ou un autre.

Comme l’an dernier (où j’avais fait le 56km) Arzon me paraît interminable mais cette fois au moins je n’entends pas le speaker pendant plus d’une heure avant de le voir (l’an dernier l’arrivée se faisait ici).

Je fais une grande partie de la nuit toute seule même si cette fois, grâce à mon statut de 1ère féminine, quelques gars restent à courir de temps en temps avec moi.

Justement, à Port Nèze, quand celui qui me double juste avant le pointage apprend que je suis première, il décide de m’accompagner jusqu’à l’embarcadère. Nous faisons les 16-17km ensemble, le jour se lève.

Quelques pas avant l’entrée du ravitaillement, je pousse un cri. J’ai l’impression qu’on vient de me transpercer un orteil avec une grosse aiguille !!!

Là aussi je suis accueillie comme une princesse… ça me fait rire et je précise bien que je ne comprends pas ma place, je n’ai rien à faire première mais pour le moment j’ai la pêche et à chaque ravitaillement je parle et ris avec les bénévoles.

L’équipe médicale me demande d’enlever ma chaussure pour voir. Je le fais tout en leur disant que c’est sûrement une ampoule qui vient d’éclater.

Aïe … J’ai une grosse ampoule au 2ème orteil droit et mon ongle vient de commencer à sauter ( moi qui ne supporte pas qu’on me touche les pieds et qui ai mal rien qu’à penser au moindre problème de pied).

Ils ne peuvent pas l’enlever complètement alors on met de l’élasto pour qu’il ne bouge plus et ne me fasse pas souffrir pour le reste de la course.

Je pointe en 11h40’33, je suis sur des bases de moins de 24 heures encore. Trop rapide mais c’est toujours ça de fait.

Je suis à la moitié de l’épreuve et les bénévoles sabrent le champagne pour moi et me prennent en photos. Peux même pas boire de champagne, 17152moi qui en réclame toujours !!!! Pas juste !!!

Je suis super heureuse, je ne conserverai sûrement pas ma place jusqu’à la fin mais ces moments là , je pense les conserver un moment.P1050278

 

Pour la 1ère fois, le sens du raid a changé et nous devons prendre le bateau. La traversée se fait en à peine 10 min. L’organisation nous a prévu des ponchos pour ne pas avoir trop froid.

 

J‘arrive au stade de Locmariaquer. Je récupère le sac que j’avais préparé pour

ce ravitaillement. Je change de tee-shirt, chaussettes, chaussures et je mets de la crème sur les pieds. On me donne un GPS (à partir de là, les 10 premiers hommes et les 6 premières femmes en sont équipés). Je mange à nouveau ( j’ai l’impression de ne faire que ça !!! Je n’ai pas faim mais j’ai peur de ne pas tenir alors je me force), je bois beaucoup sur tout le parcours : eau-coca, soupes, eau.

Comme à Sarzeau, il est possible de dormir ici. Je n’ai pas sommeil, il fait encore frais et je veux en profiter. En repartant, je croise Alain Trémion , puis la 2ème féminine.

Et c’est reparti pour 85km…. Je ne suis qu’à la moitié du rêve.

Aucun problème jusqu’à Auray, l’élasto fait son effet et je ne sens pas mon ongle. Par contre je marche un peu plus. Les ravitaillements et les pointages ne sont plus ensemble de ce côté du golfe.

La température recommence à monter. Alain et Jean-Mi passent me voir à Auray. Ça fait du bien de les voir. On discute 2min, une photo. Ils m’accompagnent quelques dizaines de mètres.

Les gens m’encouragent, me félicitent, me prennent en photo (il y a même une personne qui veut poser avec moi !!). Et ça me fait toujours rire, ce traitement de princesse. Je n’ai pas l’habitude !!!

Je recommence à recevoir quelques appels et textos d’encouragements qui font du bien.

 

Je continue mon chemin, plus doucement mais sûrement. Vers 13h15, j’appelle mes collègues de boulot : elles m’ont souvent entendu parler de cette course, m’ont souvent dit que j’étais cinglée. Elles me soutiennent, m’encouragent et ça aide.

Mes mains sont toutes gonflées par la chaleur, mais ça ne gêne pas. Tout va, puis, un gros coup de moins bien ; plus de mental. Physiquement, ça va encore mais j’en ai marre, je me dis que je ne vais jamais y arriver… plein de pensées négatives. Je m’attendais à ces passages difficiles mais celui-ci est long. Pendant presque 2 heures, je n’arrive pas à être positive. J’évite de le faire trop ressentir aux personnes que j’ai au téléphone. Je finis par appeler Jean-Mi qui tente de me remonter le moral. Finalement ce sera un spectateur sur le bord de la route qui y parviendra, sans le savoir…Juste en me disant que le prochain ravitaillement est à 2 km. Ça tient à peu de chose quand même !!!

Ce coup de mou m’a fait perdre du temps car j’ai marché davantage. Mais bon… C’est reparti.

 

Lorsque j’arrive à Larmor-Baden qui est le 3ème gros point de ravitaillement où l’on peut avoir un repas chaud et dormir, j’hésite… Je sais que ce qui vient d’arriver est dû à la fatigue. Mais je me demande toujours où est la 2ème.

Elle entre dans la salle 10min après moi, toujours accompagnée du même homme. On discute 2min. Je repars même si ce n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux.

Il faut que je fasse attention à ne pas me griller car il fait vraiment chaudmsn_0134. Je me force à gérer et je me dis que je vais courir plus quand la chaleur va baisser .

30à 45 min après être repartie, je m’allonge à l’ombre dans un petit bois que nous traversons : mes yeux brûlent.

Je sais que la fille qui me talonne va passer devant, mais bon ….Je m’allonge 13min au total. Pas long mais je me suis assoupie un peu moins de 10min et ça fait du bien.

Je me renseigne : la 2ème est bien passée devant moi. Pas grave, je peux peut être encore la rattraper.

Je commence à avoir mal aux pieds. Et c’est pas le moment !!! On est à 40km de l’arrivée et il fait encore chaud. Je cours dès que je suis à l’ombre et marche dès que je suis en plein soleil.

Ces conditions font que j’ai les pieds trempés. Malheureusement, j’ai oublié de prendre une autre paire de chaussettes au cas où. Tout comme j’ai oublié de prendre le portable de rechange que j’avais mis dans mon sac à Locmariaquer… Et le mien ne va pas tenir jusqu’au bout.

J’arrive à 30km de l’arrivée et à partir de là c’est dur : mes pieds me font de plus en plus mal, je sens les ampoules se former puis grossir au fur et à mesure que j’avance. Il fait moins chaud alors je tente de courir davantage mais c’est trop douloureux. J’ai Ludo et Odette au téléphone qui me soutiennent.

Je retrouve Matelot et Marie (des amis venus me voir) aux abords d’Arradon. Ils m’accompagnent un peu. Je marche. Mes pieds me font souffrir… j’en viens presque à préférer la tendinite du 100km.

Je vais au pointage d’ Arradon puis on continue à marcher un peu ensemble. Ça fait plaisir de les avoir. Nous arrivons à un endroit où le balisage a été mal fait : la marée est montée et si je suis les flèches, je dois passer dans l’eau. C’est impossible, mes pieds ne vont pas résister, je m’assois sur des marches et là, je pleure : j’en ai marre, je souffre, on est à 20 km de l’arrivée. Tout ça pour quoi ? J’ai visé trop haut cette fois, je ne suis pas capable de finir une telle course.

Je veux abandonner et Matelot dit non. J’appelle le PC course pour savoir où passer, j‘hésite à leur donner mon numéro de dossard et leur dire que j’arr ête. Je ne le fais pas.

J’écoute un message que je viens d’avoir sur mon portable : c’est Ludo qui me félicite d’avance pour cette course, il dit savoir que je vais aller jusqu'à bout……puis je lis un texto qui vient d’arriver aussi : une collègue qui m’encourage et me dit bravo.

Il est 20h13 et là, je me demande comment je pourrai dire à ces personnes que j’ai abandonné. Alors je repars, je laisse Marie et Matelot. Ces messages sont arrivés au bon moment.

J’ai Bruno et Laurence au téléphone ainsi que mes parents avant 22 h puis mon portable me lâche.

La nuit retombe, je remets la frontale. Je finis par préférer la route aux chemins, mes pieds sont plus stables dessus. Je ne sais pas combien de Aïe  j’ai pu faire, combien de fois je me suis dit que j’allais pleurer. Je tente plusieurs fois de courir mais c’est trop douloureux. Je crois voir des chiens alors que ce sont des morceaux de bois, je vois un photographe vu le matin, et quand je regarde à nouveau il n’y a personne, je suis moins lucide.

Plus que 10km. En temps normal c’est rien.

Un homme reste avec moi, il peut me distancer mais comme il ne fera pas le temps qu’il voulait, il reste. Discuter fait du bien.

Puis je retrouve à nouveau Marie et Matelot qui sont venus au devant de moi pour me soutenir.

Juste avant d’arriver à Vannes, celle qui était 3ème me double …. Je ne peux rien faire, elle court encore et mes pieds ne me le permettent pas.

J’avance, un pas de fait est un pas de moins à faire.

J’en ai marre de cette douleur. il faut que je me pousse pour ne pas m’arrêter là, à moins de 2km de l’arrivée !!!ça me paraît interminable, aller jusqu’au pont… j’en ai marre… puis je vois le port…….enfin…..

Le speaker demande si c’est « la petite Réjane qui arrive et qu’il l’espère ». Petite ? Moi ?

Il m’accueille aussi bien que tous les bénévoles, il m’attendait avant. J’aurai bien aimé aussi.

Loïc et Jean-Mi avait raison : je pensais mettre 35 heures, eux me disaient 30 heures, j’arrive en 29h38’01…………je franchis la ligne d’arrivée du rêve……

Je retrouve Patou qui n’a pas fini le 86km mais qui ne regrette rien.

Je suis un peu déçue sur le coup d’avoir été en tête 140km et de finir 3ème mais je n’espérais même pas un podium avant de venir alors quand même….P1050308

J’enlève les chaussettes pour constater les dégâts : mes pieds sont enflés (ils mettront 2 jours pour reprendre leur volume normal), j’ai d’énormes ampoules aux talons, plantes des pieds, et à plusieurs orteils….aïe aïe aïe……. Pas grave, j’ai fini et c’est bonheur.77696

J’ai dit pendant la course que je ne recommencerai jamais, le lendemain j’ai dit peut-être (alors que marcher était très douloureux) et maintenant j’ai déjà une idée pour le prochain……… on oublie vite quand même !!!

Malgré la souffrance de la fin, l’aventure est magnifique…. Aller au delà du physique qui n’en peut plus et du mental qui flanche par moments.

Je n’ai pas eu de douleurs musculaires le lendemain !!! je devais être bien préparée….

 

Merci à tous ceux qui m’ont appelée ou ont envoyé des textos : ça fait un bien fou et ça aide à avancer.341445

Merci à Alain et Jean-Mi , Marie et Matelot pour leur soutien.

 

Sur 47 femmes partantes, nous sommes 24 arrivantes.

Sur 539 partants, nous sommes 261 arrivants.

51,58% d’abandons. La chaleur est, en partie, responsable de ces chiffres.